Vidéo protection : un minibus brûlé réveille le débat à Condé
Samedi vers minuit, un minibus a brûlé rue de la petite Bataille à Condé-sur-Noireau. Cet événement intervient après l’incendie de plusieurs conteneurs à poubelles.
Depuis quelque temps, il y a des incidents une semaine sur deux. Le week-end dernier, un minibus a été incendié. Le maire de Thury-Harcourt m’a confié qu’il subissait le même genre de dégradations », dénonce Pascal Allizard au conseil municipal de Condé-sur-Noireau, lundi dernier. Le maire est intervenu auprès de la gendarmerie. « Je demande un renforcement de leur action. On ne peut pas tolérer cela longtemps. » À Condé-sur-Noireau, ces événements réveillent un vieux sujet : la vidéo-protection. Jean Élisabeth, ardent défenseur de cette mesure, s’empare du problème. « Si vous vous opposez à ce que l’on en discute, dites-le et je me tairai », prévient-il. Silence, le conseiller poursuit : « Neuf conteneurs à poubelles ont brûlé, derrière la mairie et près du collège. J’en ai remis, ils ont été incendiés de nouveau. Récemment, une personne âgée de ma connaissance a laissé entrer un faux plombier. On lui a subtilisé ses économies », s’offusque-t-il. Prudemment, il relance une idée refusée il y a un peu moins de deux ans par le conseil municipal : installer des caméras dans la ville.
Observer le va-et-vient
« J’avoue avoir du mal à admettre que l’on ne mette pas tout en œuvre pour dissuader les voyous. L’idée serait d’installer des caméras dans les lieux de passage. Il suffit d’en avoir cinq pour couvrir Condé. L’idée c’est de regarder le va-et-vient, pas de filmer le méfait. En observant les personnes présentes, on pourrait se dire : encore lui ? » Prévoyant les objections, il anticipe : « Certains disent que c’est liberticide. Mais la liberté c’est aussi de circuler en toute sécurité. »
Malgré cet argument, le projet n’enthousiasme que moyennement le conseil municipal. « Comment comptes-tu surveiller les conteneurs avec les caméras ? Il faudrait couper les arbres », rejette Frédéric Frappy, adjoint à la jeunesse. « Le problème n’est pas tant la liberté, mais l’efficacité », confirme Nathalie Amourette.

Jean Elisabeth, conseiller municipal
Efficacité ?
Le débat s’installe et Pascal Allizard intervient : « Nous allons rouvrir la discussion concernant ce sujet. » De fait, c’est un vieux serpent de mer. Deux ans plus tôt, la gendarmerie, suivant une directive gouvernementale avait sollicité la mairie pour mettre en place des caméras. Mais en 2010 et 2011, le bilan de la délinquance s’est révélé faible à Condé. « Là, en 2012, ça reprend : on va réfléchir. Il y a deux ans, l’initiative suivait une politique nationale mais on ignore si elle va se poursuivre. Le ministre de l’Intérieur actuel a installé des caméras dans sa ville. On va voir ce que cela va donner. Il faut un bon rapport coût et efficacité. »
Pour Jean Élisabeth, le prix serait amorti avec les actes de délinquance évités grâce au dispositif. « Les conteneurs brûlés coûtent 1 200 euros », informe le conseiller municipal par ailleurs représentant de la commune au Sirtom. « Actuellement, je n’ai pas remis ces équipements. À quoi bon s’ils sont encore incendiés ? J’attends que ça se calme. » Quant à l’efficacité, il y croit. Jean Élisabeth s’enthousiasme de la prouesse technologique : « Elles filment à 360° ! »
Pourquoi le projet avait-t-il été refusé?
Deux ans plus tôt, l’idée d’installer des caméras a été repoussée par la majorité du conseil municipal. « Il y a deux dispositifs distincts, explique Pascal Allizard. D’abord, la vidéo surveillance où quelqu’un visionne les bandes en permanence. Ce n’est pas adapté à une petite ville et ce projet a été refusé à l’unanimité. L’autre possibilité est la vidéo protection : on ne vérifie les bandes que si un délit est commis. Elles sont détruites au bout de 30 jours. » Cette dernière possibilité a aussi été finalement rejetée. « La première raison était l’aspect liberticide. La seconde, le coût élevé de fonctionnement », relate le maire.
Frais d’entretien
L’idée était venue de la gendarmerie qui proposait d’installer des caméras dans les lieux de passage. « Pour eux, c’était un moyen d’interpeller la grande délinquance qui vient de l’extérieur. Mais nos problèmes viennent plutôt d’une petite délinquance locale qui touche surtout les bâtiments publics », explique Pascal Allizard. « Installer ces caméras aurait été faire le travail de l’Etat. L’entretien du dispositif serait à notre charge ainsi qu’une partie des frais d’installation. » C’est ce qui a contribué au rejet du projet comme le confirme Patrick Beauquesne, adjoint au maire : « Je suis favorable à la démarche de sécuriser, mais je ne veux pas que la commune remplace la gendarmerie. »
Dans les bâtiments publics
Pascal Allizard ajoute : « La question est : où mettre les caméras ? La gendarmerie propose les carrefours. Je préférerai les endroits où personne n’est censé se trouver à certaines heures. Comme les bâtiments publics et les écoles, de 18 h à 6 h du matin par exemple. Les caméras ne seraient pas en fonctionnement dans la journée mais seulement pendant la fermeture.»